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Gros pognon et dérèglementation

Les systèmes Keynésiens mis en place après la seconde guerre mondiale avaient échoué à stopper l’inflation (hausse des prix). Certes, les ménages s’étaient enrichis, mais les prix augmentaient en conséquence, entretenant ainsi la tendance à la hausse. En gros, les économies étaient faussées par une mauvaise évaluation des monnaies : les Etats jouaient sur la valeur de leur monnaie pour favoriser leur propre économie, créant de l’instabilité, donc des potentialités de conflits. Les pays touchés par la guerre avaient besoin de fonds pour se reconstruire, et cherchaient des crédits. La stabilité des monnaies devient primordiale dans l’esprit des dirigeants, tout comme la recherche des conditions favorables à la paix. Les institutions financières internationales créées après guerre avaient pour but la stabilité des taux de change, et la constitution de fonds de prêts afin d’aider les pays les plus pauvres.

Concrètement, de 1945 à 1975, les économistes et les politiques vont tenter de stabiliser l’économie mondiale par l’entente internationale. Le but est la stabilisation monétaire, que l’on pense à l’époque seule capable de favoriser les échanges, donc la paix et la prospérité.
Le « dispositif de Bretton Woods », accord international signé en 1944, s’appuie à la fois sur la concorde internationale, et sur le dollar en temps que monnaie étalon. Il est donc fortement dépendant de l’économie américaine.
Mais la crise monétaire latente (due à la constante inflation), remet en question l’efficacité  de ce système, et pousse les décideurs à reconsidérer le Keynésianisme, à la lumière des critiques des néo libéraux comme Friedman.
Les Keynésiens, partisans du « change fixe » des monnaies, dont la valeur est estimée par rapport à des étalons (or, devises convertibles, matières premières), perdent du terrain par rapports aux néolibéraux, partisans du « change flottant », c’est à dire de l’autorégulation de la valeur des monnaies par les marchés. Le système Bretton Woods va progressivement être abandonné.En 76,l’échec de la Conférence de Jamaïque marque le début d’une désorganisation des relations monétaires entre les Etats, et confirme l’hégémonie du dollar sur les autres devises.

Dans les années 70, la crise pétrolière a favorisé l’essor des opérations financières, en provoquant un excès de capitaux dans les pays producteurs, et un fort besoin de capitaux dans les pays consommateurs. Economistes et Politiques voient cela comme une aubaine, et favorisent l’émergence de systèmes financiers internationaux indépendants des Etats. Les activités financières sont dérèglementées, et les flux de capitaux libéralisés. On peut ainsi créer de l’argent en achetant ou vendant des titres. Ces systèmes sont évidemment mis en place par les pays riches, les pays pauvres n’étant assis aux tables de négociation que parce qu’ils ont contracté de très lourdes dettes auprès des pays développés, et de leurs banques.
Les taux d’intérêt, qui étaient jusqu’alors strictement règlementés par les Etats, sont laissés libres, d’abord dans les pays Anglo-Saxons, dans les années 70, puis en Europe, au cours des années 80, et deviennent très instables. De même, les lois qui interdisaient aux banques de dépôt d’investir leur argent en bourse, laissant ce monopole à des banques d’affaires et à leurs courtiers, sont abandonnées progressivement. Enfin, les restrictions qui étaient imposées aux banques d’affaires par les Etats ( obligation d’investir dans son propre pays, fixation des tarifs de courtage etc.….) sont remisées.
A la fin des années 70, la finance s’est mondialisée : banques, états et privés peuvent investir leur argent où ils le désirent sur le globe, sans contrôle des Etats.
Cela a pour conséquence une concurrence accrue entre états, qui, par le biais des banques centrales, tentent de gagner de l’argent sur les marchés financiers internationaux. Ceux qui n’ont pas de ressources naturelles doivent sans cesse innover, afin de gérer les déficits, et les équilibres financiers.
De nouveaux systèmes extrêmement mobiles et opportunistes voient le jour, dont le seul but est d’acheter et de vendre des titres rapidement, afin de faire fructifier les investissements à court terme.


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Petit Père Duchesne!

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Chapitre VII:

Gros pognon et dérèglementation

Paru dans la gazette N°7 Sept-Oct.2007

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 l' Histoire de la traite des Noirs 














































































































































































































































































































































































































































































































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L’heure de gloire du libre-échangisme

[1] Leon- Battista  Alberti  ( 1404-1472)

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[1]  F.Braudel « la dynamique du capitalisme » 1985

[2] W. Sombart  «  le capitalisme moderne » 1916

[3]  M.Weber  « L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme » 1905

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Ah! Si Smith s'était cassé le bras !
La courte parenthèse de l’  « Etat Providence »

ChapitreVI:



La courte parenthèse de l’  « Etat Providence »


paru dans la Gazette n°6—Juin. 2007


La crise de 1929 pose pour la première fois la question de la pertinence du système capitaliste. A cause des nombreuses spéculations, l’indice boursier de New York perd 80% de sa valeur en trente mois. Très vite, la crise s’étend au le monde entier. Les années trente voient l’économie s’effondrer partout.
Les banques et les entreprises sont sur la paille, ainsi que leurs actionnaires, petits et gros. La consommation baisse, il y a des licenciements, et le chômage de masse fait son apparition. 
Seules les entreprises innovantes ( par ex. l’automobile) tirent leur épingle du jeu.
L’idéologie libérale perd sa popularité: Roosvelt (1932)  aux Etats unis, L. Blum (1936), et Hitler ( 1933) sont élus sur des programmes interventionnistes.
L’économie totalement libérale est remise en cause par de nombreux penseurs, qui prônent une intervention ponctuelle des Etats dans l’économie, afin de réguler les marchés.
 Pour Schumpeter ( 1883-1950),  ces activités sont régies par des lois rationnelles, donc en grande partie mathématiques . Mais il place l’entrepreneur au cœur du système, qui est basé pour lui , sur l’innovation permanente, et la création de nouvelles offres et de nouvelles concurrences. . Mais ses activités doivent être encadrées, de peur que l’économie ne soit régie par les lois de la jungle.
Keynes ( 1883-1946) (1) est pour un état interventionniste dans les domaines fiscaux et monétaires. L’école keynésienne  prescrit comme remède aux crises des marchés la hausse des dépenses publiques et la baisse des taxes et impôts, afin de soutenir la demande individuelle des ménages et donc les marchés.  Tout de suite, les continuateurs de l’école marginaliste (2), réagissent: F. Von Hayek fonde  « l’école autrichienne », et la Société du Mont Pellerin en 1947. M. Friedman (1912-2006), économiste issu du milieu des mathématiques qui cofonde avec Hayek la Société du Mont Pèlerin, crée à l’Université de Chicago le courant monétariste.
 Les Chicago boys s’opposent virulemment à Keynes, car ils estiment qu’en cas de crise, il ne faut pas que l’Etat émette plus de monnaie, ni ne soutienne l’emploi, mais qu’il doit au contraire laisser faire le marché, qui résoudra lui-même naturellement le problème. Son seul rôle doit être d’assurer la stabilité des prix. De même, ils s’opposent aux revalorisations générales des salaires, qui d’après eux, certes, encouragent la consommation, mais entretiennent l’inflation en créant une hausse générale des prix. En gros résumé, pour les monétaristes, les émissions de monnaie des états ne doivent pas être indexées sur les réserves or, ni artificiellement « gonflées » par rapport à la richesse de ces états, mais simplement fonction des capacités réelles de production. 

 Pour ces économistes, la liberté économique est la condition fondatrice de la démocratie, car le commerce et le profit sont les seuls capables de rassembler et motiver des groupes d’individus, donc de pacifier leurs relations, et de garantir la paix. Mais la conception keynésienne s’imposera dans la plupart des Etats après la Seconde Guerre Mondiale. Les reconstructions, les nouvelles inventions, créent de la richesse.
Ce sera l’époque de la création de « l’Etat Providence », des nationalisations des moyens de productions essentiels à la collectivité, afin d’en garantir la sécurité, et des premiers programmes et avantages sociaux. Toutefois, les keynésiens n’oublient pas qu’un état économiquement renfermé sur lui-même court un risque de surproduction, et pour eux, l’intervention des Etats doit s’accompagner d’un fort commerce international. Les accords du GATT, ancêtre de l’OMC, sont signés par 23 pays en 1947, et ont pour but de favoriser l’abaissement des taux de douanes entre ses membres, d’arbitrer une négociation… autrement dit de créer des zones de libre échange. Dans le même esprit, la Communauté Européenne pose ses premiers jalons(3) . D’autres suivront. Les années 1990 seront le point culminant de ces accords internationaux, avec la création de l’ALENA des pays d’Amériques du nord, du Mercosur des pays d’Amérique du Sud, et  de l’ASEAN des pays d’Asie.

Dans les années 1970, la crise du pétrole entraine deux nouveaux phénomènes : l’inflation ( augmentation durable des prix ) et le chômage.
De nouveau, le système capitaliste dominant est remis en question, et  les héritiers de Walras (2)  et autres néo-classiques reviennent sur le devant de la scène. Peu à peu, l’idée que  la science économique est « une science physico-mathématique, (et qu’) elle ne doit pas craindre d'employer la méthode et le langage des mathématiques»(4)  s’impose aux politiques. Friedman obtient le Prix Nobel d’économie en 1976
Les néolibéraux, comme ils ne s’appellent jamais eux-mêmes, ont poussé cette conception très loin, puisqu’ils estiment que tout facteur n’étant pas rationnel ou quantifiable doit sortir du champs des études économiques : pour  élaborer leurs plans d’action ou créer leurs théories, ils ne tiennent compte ni de l’histoire, ni du fait social.
A la faveur de la reprise des années 80, due en grande partie à la stabilisation du prix du pétrole, et aux innovations technologiques, donc à un capitalisme entrepreneurial, la pensée néolibérale domine largement les politiques. Bien sûr, ce n’est ni avec les progrès des transports, ni avec les progrès des communications, que les entreprises allaient s’arrêter d’aller chercher ailleurs des matières premières et de la main d’œuvre moins chères! Et cela, non pour abaisser le prix du produit fini, afin de faire face à la concurrence, comme l’avaient prédit les théoriciens, mais pour augmenter leurs profits. Ceux –ci sont énormes, et les spéculations reprennent

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1- « Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie » 1936           remonter
2–  voir La Gazette du Petit Père Duchesne N°5         remonter
3– Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier - 1951  remonter
4– L. Walras « de la nature de la richesse et de l’origine de la valeur » 1831      
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Au boulot les culs terreux !

Renaissance et naissance du capitalisme :

Quand et comment a-t-il été conçu :
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Au milieu du XIX°s, en Angleterre, la pensée classique donne naissance à la théorie du libre échange, et au capitalisme à proprement parler...
 Dés 1825, le Bubble Act donne aux grandes entreprises le droit de se constituer sans autorisation préalable du Parlement. En 1834, les Poor Laws , ensemble de lois organisant  l’aide sociale, sont abolies, et le fait d’aider les pauvres sans contre partie peut être condamné par la loi. Chacun est dorénavant obligé de gagner sa propre subsistance. En 1846, l’abrogation des Corn laws  libéralise le commerce du blé. Peu à peu, les idées libérales du « laisser tout faire » se propagent en Europe.
 
Face à la brutalité des propriétaires des moyens de production, appuyés par les politiques, des mouvements sociaux émergent, suivis de partis politiques qui défendent les droits d’une main d’œuvre exploitée et maltraitée. Marx et Engels fustigent la théorie capitaliste classique ( 1), qui n’a mené qu’à la réification d’une partie de  l’humanité, conçue uniquement comme un moyen de production. Leurs écrits donneront naissance aux idéologies communistes et socialistes. Mais les révoltes des peuples européens sont partout durement réprimées, par des Etats qui se rangent du côté des industriels.
Parallèlement, les « néo-classiques », comme L. Walras (1801-1866)  (2) et S Jevons (1835-1882) (3), ou C. Menger, échafaudent une théorie scientifique de l’économie, basée sur l’étude des comportements rationnels des individus et de la micro-économie, mis en équations mathématiques: le marginalisme.

Les marginalistes inventent le concept de « l’utilité marginale »: alors que les classiques fondent la valeur d’un objet sur la somme de travail et de matière première nécessaires à sa réalisation, les néo-classiques la fonde sur son degré d’utilité, aux yeux de celui qui cherche à l’acquérir.
D’autre part, ils pensent que l’économie est régie par des lois naturelles, qui tendent à la mise en œuvre de toutes les ressources afin de progresser vers le bien être. La croissance est assurée par ces lois, et tout travailleur qui se retrouve chômeur l’est de son propre fait.

Au XIX° S., les entreprises, jusqu’ici familiales et très spécialisées, sont obsédées par une nouvelle idée : abaisser leurs coûts de production.  L’économie se mondialise, et la recherche dematières premières toujours moins chères entraine de nouvelles  colonisations. C’est la grande époque de ce que l’on appelle le capitalisme de rente.
Les nouvelles sociétés ne sont plus propriété d’une seule famille, mais d’une multitude d’actionnaires anonymes, qui en délèguent la gestion à des dirigeants salariés. L’ entreprise anonyme ainsi constituée est une personne morale : elle peut comparaitre en son propre nom devant la justice, sans que ses actionnaires ne soient concernés. Peu à peu, les entreprises n’innovent plus, uniquement  intéressées par les profits immédiats, et donc les  investissements surs et à court terme.
 
Cette fièvre des profits et de la spéculation irréfléchie mènera à la première crise qu’ait connu  le capitalisme libéral: la Grande Dépression d’entre  1873 et 1896. Pour y faire face, les sociétés s’agrandissent, afin d’optimiser leurs gains. Les grandes entreprises s’associent entre elles, et  forment des cartels, voire des trusts. Certaines obtiennent ainsi de véritables monopoles.
Certains pays comme l’Allemagne encouragent ces regroupements. D’autres, comme les Etats Unis, les combattent: en 1890, ils promulguent les premières lois anti-trust («  Sherman Act »)… Mais afin de protéger leurs entreprises nationales, tous se replient derrière le nationalisme diplomatique et des taxes douanières élevées, donc un nouveau protectionnisme. Rien ne stoppe plus les spéculateurs qui, après avoir profité d’un redressement spectaculaire de leurs finances pendant et après la Première guerre mondiale, mènent l’économie à la grande crise de 1929.



                                             A suivre dans le prochain numéro du Petit Père Duchesne




 












1– voir la Gazette n°4—Févr. 2007
2- « Principes d'économie politique »— « Eléments d'économie politique pure »  - « Etudes d'économie politique appliquée »
3- «  Théorie de l'économie politique »


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Chapitre V:

L’heure de gloire du libre-échangisme

paru dans la Gazette n°5—AVR. 2007
Il était une fois un système économique et social qui, peu à peu, avait réussi à dévorer ses rivaux, et à s'imposer comme maître absolu du commerce et de la finance mondiaux. Cette bête étrange s'appuyait sur six pattes: la liberté d'entreprendre, la liberté de commerce et de finance, la liberté du commerce et des échanges, la recherche du profit, l’accumulation du capital, l’accaparement par la noblesse et la bourgeoisie des moyens de production, et par conséquent, le marché du travail et le salariat.
Si les citoyens de tous les pays et de toutes les races pouvaient la voir et la sentir tous les jours, un étrange mystère l’enveloppait, que beaucoup essayèrent de percer sans y parvenir tout à fait.
Quand et comment la bête avait – elle vu le jour ? Etait-elle un Golem, un monstre créé par l’homme en quête de puissance, ou était-elle un fait, inéluctable avatar de quelque volonté supérieure, voire divine ?
Où et quand est-elle apparue pour la première fois ? Comment a-t-elle grandi et s’est-elle imposée ? Quelles sont ses formes actuelles ? comment peut-elle encore évoluer ?
Ce sont toutes ces choses que le Père Duchesne va essayer de vous conter…
Une étrange bébête nommée Capitalisme:   


Chapitre Premier :


Quand et comment a-t-il été conçu :

paru dans la Gazette n°1—Sept. 2006

 

L’affaire n’est pas simple, car aucun spécialiste n’est d’accord quant à l’enfance du Capitalisme.

Si à la fin du XIX° S. K. Marx n’avait vu en lui qu’une conséquence de la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse, un système de production issu de l’histoire, des observateurs plus récents l’ont étudié comme un fait de civilisation, issu de transformations sociales, culturelles ou religieuses.

Les bourses de change dans lesquelles l’embryon du Capitalisme s’est développé, ont fait leurs premières apparitions au moyen Age, alors que le système féodal basé sur l’exploitation vivrière de la terre, s’émiettait ( entre les XII° et  XIII°s.).

On vit ainsi surgir à Paris en 1141 un lieu consacré au Change et aux « changeurs » : le Pont au Change. Mais dans une société dominée par l’ordre seigneurial et l’agriculture vivrière, les échanges commerciaux étaient limités à quelques lieux stratégiques. Dans les grands pôles artisanaux comme Florence, les riches propriétaires fournissaient aux artisans à la fois les matières  premières et les débouchés commerciaux, transformant déjà l’activité artisanale en une sorte de salariat. Mais les échanges commerciaux se déroulant la plupart du temps sporadiquement à l’occasion des grandes foires, et non en permanence, on ne peut pas encore raiment parler de capitalisme.

Pour l’historien Fernand Braudel,( 1902-1885)[1], le capitalisme s’est formé dans le ventre de ces grandes cités marchandes du XIV° S., telles Venise,   ou Amsterdam. Là les marchands d’épice, de soieries, de draps etc.  commerçaient en gros avec toute l’Europe, ainsi qu’avec l’Orient. Prenant des risques énormes lors de l’investissement, ils engrangeaient des bénéfices colossaux.

Afin de sécuriser leurs paiements, ils remplacèrent l’or par des lettres d change, et développèrent ainsi l’activité bancaire grâce aux dépôts, aux prêts sur gage, et à l’assurance des navires. Dans ces villes, le commerce était permanent, et dès la fin XIV° s. début XV°, des hôtels vont lui être dédiés, d’abord en Italie, puis en Hollande et en Belgique. En 1540 à Lyon, la première « bourse de commerce » française est ouverte. Elle restera la seule pendant plus d’un siècle.

S’il date le début du capitalisme à peu près de la même époque que Braudel, Werner Sombart[2] (1863-1841), économiste et sociologue allemand, en attribue la paternité aux Lombards et aux Juifs. Selon lui, la mentalité catholique hostile au profit, aurait freiné le développement du commerce et de la finance dans la société occidentale durant le Moyen-âge. Juifs et Lombards, qui  ne connaissaient pas les mêmes tabous moraux, auraient imaginé ce système financier basé sur e prêt à intérêt, qui , sans être interdit au Moyen-âge pour les Chrétiens, était très surveillé par l’Eglise, et facilement assimilé à de l’usure.

C’est aussi à une raison morale et religieuse que Max Weber [3]( 1864 - 1920) attribue la germination capitalisme, quoi qu’il la situe un peu plus tard, aux tous premiers temps de la renaissance, au XVI°s., époque de l’Humanisme et de la Réforme protestante, où l’homme s’affirme lui-même au centre de ses propres préoccupations, et se libère de la peur collective de Dieu, rejoignant en cela la théorie de Marx… Mais foutre de foutre ! c’est une longue histoire, que vous découvrirez dan le prochain numéro du 

                                                        Petit Père Duches

 





 



























































































Chapitre IV :

Ah! Si Smith s'était cassé le bras !

 paru dans la Gazette n°4—Févr. 2007

Le mercantilisme défendait l’idée que le commerce et les échanges devaient être fortement règlementés par le souverain. Pour les grands philosophes politiques du XVII° s. (Thomas Hobbes( 1588-1679), John Locke(1632-1704...) , les citoyens devaient renoncer à une partie de leurs libertés, de façon à garantir au roi une richesse suffisante, non seulement pour protéger leur droit à la propriété, mais aussi pour garantir la sécurité des routes commerciales.

Cependant, l’or et l’argent en provenance des colonies entrainent une inflation, qui a pour effet d’appauvrir la noblesse, et d’enrichir la bourgeoisie.

C’est dans ce contexte qu’Adam Smith ( 1723-1790) réfléchira sur l’origine de la richesse des Nations.

Il constate l’inefficacité du protectionnisme d’état en matière d’économie, et défend l’idée d’une autorégulation du marché. Pou lui, la liberté individuelle de commerce ne peut qu’évoluer bénéfique ment pour tous. C’est ce qu’il appelle la « main invisible ». Il s’agit d’une « force », qui pousse chacun à agir dans son intérêt propre, et régule sans qu’on s’en aperçoive tous les échanges entre hommes. Il est par exemple dans l’intérêt d’un boucher soumis à la concurrence, d’avoir beaucoup de clients, le plus fidèles possible. Il est donc dans son intérêt de servir une viande de qualité, et le moins cher possible. De même, il est dans l’intérêt du client d’avoir le choix entre plusieurs bouchers, puisque cela permet d’améliorer le rapport qualité prix de la viande. Le marché est donc équilibré par la liberté.

D’autre part, Smith insiste sur l’idée qu’il y a tout intérêt à  lier entre elles les notions de travail et de revenu. Seul le travail doit donner lieu à un revenu. De plus, il est favorable à une forte division du travail, car il pense qu’il est irrationnel de fabriquer ici ce qui coute moins cher ailleurs. Importations et exportations équilibrées sont pour lui à la base de la richesse des nations, mais aussi de la paix entre les peuples.

Le succès politique de cette théorie est immédiat.  Dés la fin du XVIII°, la Loi Le Chapelier   ( 1791) ouvre le bal en interdisant dans la jeune France révolutionnaire le droit de corporation et de groupement des ouvriers. Elle sera suivie par l’Angleterre, puis progressivement par tous les pays d’Europe.

L’économie tend très vite à se séparer des autres sciences humaines. David Ricardo (1772-1823) isole les comportements humains strictement économiques de leur histoire et de leur contexte, de façon à en tirer des règles permettant des prédictions. Smith, Ricardo, Say, pensent que l’offre motive le demande.

Contrairement à ses contemporains, le révérant Malthus ( 1766-1835) n’est pas pour la suppression de l’aide aux plus démunis, ni pour une division la travail, ni pour l’augmentation exponentielle de la production. Il est pour le contrôle démographique. Pour lui, la misère n’est pas la conséquence d’un manque de production, ni d’un laissez- aller généralisé des pauvres qui attendent après la générosité publique, mais un problème de surpopulation. Il faut que les pauvres arrêtent de se reproduire, et que les richesses soient mieux partagée..

L’économie classique est très politique. Elle tente de rationnaliser le comportement économique, de façon à le maitriser.  Elle se traduit concrètement par la recherche de la déflation monétaire : la monnaie n’est plus indexée sur les seules réserves en or des Etats, mais sur les encaisses or, c’est à dire sur l’argent qu’il y a dans ses caisses, et sur celui qui n’y est pas encore, mais qui doit y venir ! Elle se traduit aussi par l’expansion des domaines agricoles, des manufactures… Les pauvres sont encouragés à partir en ville pour travailler. Sans protection sociale ni aide alimentaire, ils formeront durant tout le XIX°S ce que Marx appelait « l’armée de réserve ». Une main d’œuvre bon marché et extrêmement mobile.

Avec les Classiques, on sort de l’idée que les traditions et le souverain doivent réguler l’économie. Désormais, il semble logique que les prix soient alignés sur les lois des marchés.

Ce n’est plus au roi d’assurer la prospérité du peuple, mais à la bourgeoisie…

Tout un programme à découvrir dans le prochain numéro du… 

 

Petit Père Duchesne

 

 


 



































































































































































Chapitre III :

 

Au boulot les culs terreux !

paru dans la Gazette n°3—déc. 2006

 

Très vite, les mercantilistes, qui sont pour la plupart à la fois conseillers des princes et hommes d’affaires avisés, échafaudent une théorie selon laquelle le pouvoir aurait tout à gagner d’un peuple pauvre et travailleur. Selon eux, un travailleur trop payé trop éduqué, ou disposant de trop de temps libre devient par là même paresseux et improductif.

Il était plus que temps de mettre à contribution les mains trop souvent inoccupées des paysans !

Ainsi, d’abord en Angleterre, puis dans toute l’Europe, les nobles s’approprient et clôturent les champs collectifs, exploités par tous dans un but vivrier, et les louent à de riches fermiers, qui embauchent des ouvriers agricoles. Ce mouvement, amorcé au XVI° s., sera rendu légal en 1604, par les « Enclosure Acts », et entrainera de nombreuses expulsions, tout en permettant de pratique une agriculture plus moderne, tournée vers l’exportation dans un premier temps, puis dans un second temps,  vers la production de matière première pour l’industrie ( par exemple la laine ou le lin).

La boucle est bouclée : les paysans expulsés ne peuvent plus assurer leur subsistance, et acceptent de travailler pour un salaire de misère pour l’industrie, qui voit ses capacités d production augmenter grâce à l’afflux de matière première e de main d’ouvre bon marché.

L’état profite autant des impôts perçus auprès des riches fermiers et des bourgeois, que des taxes prélevées sur les matières premières importées. Sa politique protectionniste lui permet de réaliser de gros excédants commerciaux, et pour parachever le tout, des lois anti-pauvres, les « Poor Laws », interdisent le chômage et la mendicité ! Une véritable aubaine pour les armées, qui recrutent à tour de bras !

 

En France, la révolution agricole est plus lente, mais l’industrialisation amorcée au XVI° s. bat son plein au XVII°. Le colbertisme aussi joue sur la pauvreté des paysans : écrasés d’impôts, ils n’ont d’autre choix que de travailler pour les manufactures, (Colbert va jusqu’à autorise le travail des enfants à partir de six ans), ou de s’enrôler dans l’armée

 

Ce système très interventionniste provoque de nombreuses guerres( autours des routes maritimes, terrestres, des colonies…), beaucoup de misère, mais perdurera jusqu’au milieu du XVIII° s.

En 1758, François Quesnay publie le premier « Tableau Economique », une représentation de la circulation des richesses dans l’économie, qui illustre de façon « scientifique » les thèses développées deux ans auparavant par Richard Cantillon dans son essai « de la nature du commerce en général » ; Tous deux sont à l’origine de la première véritable théorie de science économique : la Physiocratie.

Selon les Physiocrates, l’économie est soumise à deux lois : la loi divine, et la loi naturelle. Selon ces lois, l’agriculture seule la véritable richesse des Nations, car elle est la seule activité réellement productrice, contrairement à l’industrie, qui transforme à partir de matière brute.

En 1767, un certain Lemercier de la Rivière élaborera un système politique basé sur la physiocratie : le despotisme légal . Il imagine une société dans laquelle la première force productrice, et donc la mieux placée dans l’échelle sociale, serait la paysannerie, suivie de la classe des propriétaires détenteurs des moyens de production . En dernière position de l’ordre social, viendraient les banquiers et les marchands qu’il nomme « classe stérile », car elle ne produit rien. Dans cette organisation, le roi, détenteur des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), aurait pour rôle de favoriser l’enrichissement des travailleurs, et de protéger l’accès libre à l’acquisition et à la conservation de la propriété.

La physiocratie se confrontera avec le mercantilisme durant une bonne vingtaine d’années, sans jamais parvenir à influencer les orientations économiques des Etats.

En 1776, un certain Adam Smith publie une œuvre qui révolutionnera le monde de l’économie, et sur laquelle se fonder l’économie dite « classique » : « recherche sur les fondements de la richesse des Nations ». Dès la parution de son livre, les idées d’Adam Smith balaient d’un revers mercantilisme et physiocratie, les reléguant au rang de théories fantaisistes et dépassées.

Nous allons enfin rentrer dans le vif du sujet, alors ne ratez pas la suite dans le prochain numéro du

 

 

Petit Père Duchesne

 







Les Belles Histoires du Père Duchesne:

  Chapitre II :

                                                                     

Renaissance et naissance du capitalisme :

paru dans la Gazette n°2—Oct . 2006

 

La renaissance européenne est souvent présentée comme une période de libération de la pensée, d’essor des sciences, de recherche de la beauté en art etc.… Mais c’est sous un tout autre jour qu’il me plait de vous en parler !Traquant les origines de la bête capitalisme, c’est dans une époque de rupture et de mutations que nous nous enfonçons…

 

« L’Homme est créé pour agir, l’utilité est sa destinée »[1]

 

Dès le XIV° siècle, une transformation du système de pensée émerge, qui remet en question l’ordre moyenâgeux du « monde ».

Des artistes, des intellectuels très éclectiques, aspirent à renouer avec la grandeur et la liberté de l’être humain, à transformer son rapport à lui même et au monde.

Au moyen-âge, l’homme était conçu comme participant d’un monde divin et hiérarchisé : sa place dans le monde et son espace de liberté étaient délimités par son essence. De même, la société était conçue comme un corps hiérarchisé, où chaque individu voyait son espace de liberté délimité non pas par sa propre volonté, mais par l’ « ordre »  auquel il appartenait .

La redécouverte de penseurs antiques comme Platon s’accompagne d’une nouvelle interprétation de leurs œuvres, d’où surgira une idée inédite qui peut se résumer ainsi : « l’Homme est créé pour agir, l’utilité est sa destinée ».

Et si cette conception d’un être humain totalement libre et agissant, maître de son destin, et donc responsable de sa condition, ne l’avait non pas libéré du joug des puissants, mais soumis un peu plus à leur soif de domination ?

 

La Renaissance est une période prospère : l’invention du haut fourneau, l’amélioration des techniques agricoles, la généralisation de l’énergie hydraulique… permettent d’envisager non seulement une économie de main d’œuvre, mais encore une amélioration de la productivité, et là, il s’agit déjà d’un embryon de capitalisme ! Ajoutez à cela la découverte et le pillage des Amériques, et vous obtiendrez une société nouvelle, qui s’organise dès le XVI° s., autours de ces nouveaux penseurs que sont les mercantilistes.

Fini le temps où la théologie régnait sur les universités ! les penseurs des XVI° et XVII° s. sont laïcs, et totalement détachés du divin ! Persuadés que le développement des Nations est fonction de leur richesse, ils imaginent  un système basé sur l’enrichissement de l’Etat, donc du roi.

Le bullionisme, ou mercantilisme espagnol, sous la plume d’auteurs comme Jean Bodin (1529-1596), vise à entasser le plus d’or possible dans les réserves, de façon à  pouvoir sur le champs financer une éventuelle guerre, et donc à maintenir la paix. Facile pour les Espagnols et les Portugais qui pillent les Amériques. Mais pour les autres Nations, l’or est principalement issu du commerce extérieur, ce qui pousse à penser qu’une économie prospère doit afficher plus d’exportations que d’importations, de façon à accumuler des bénéfices. De la même manière, l’or ne doit pas sortir du royaume. Les taux d’intérêt doivent donc être élevés

Au XVII., le commercialisme, ou mercantilisme britannique assimile les marchandises à des richesses : en achetant un produit dans un pays lointain, et en le revendant plus cher en Europe, les Nations peuvent maximiser leurs bénéfices.

Enfin, le Colbertisme, ou mercantilisme français, préfère miser sur l’industrialisation : la transformation de matières premières brutes en produits finis à haute valeur ajoutée.

Cette dernière formule finit par convaincre la Grande Bretagne, qui la reprendra vite à son compte.

 

Les conséquences sociales du mercantilisme furent nombreuses. En premier lieu, qui dit industrialisation dit investissement. C’est pourquoi les loi , qui jusqu’alors restreignaient l’usure s’assouplissent considérablement. D’autre part, à une époque où la mécanisation balbutie, le besoin de main d’œuvre est énorme. Les penseurs du mercantilisme inventeront moult moyens d’encourager le petit peuple, jusqu’ici majoritairement paysan, à se mettre au boulot dans les manufactures. « Poor Laws », « Enclosure Acts », guerres incessantes entre royaumes rivaux… de bien terrifiantes histoires à découvrir dans le prochain numéro du

 

Petit Père Duchesne